Marie Cossu-Cormier
( Saint-Pierre, 6 août 1894 – Saint-Pierre, 24 mars 1991 )
Marie Cossu Cormier en 1941 [1]
Un peu d'état civil
Marie Rose Andréa Cossu est née le 6 août 1894 à Saint-Pierre. Elle est la fille de Julia Rosalie Aubert, née à Saint-Pierre le 19 novembre 1859, et de Joseph Louis Olivier Cossu, originaire de Pleurtuit en Ille et Vilaine.
Julia Rosalie Aubert a déjà trois enfants. Un premier garçon, Ernest Auguste Fernand, est né le 13 janvier 1885. Sourd et muet de naissance, il est envoyé en Métropole dans un couvent où il apprendra à lire et à écrire. Julia a aussi eu deux autres enfants avec un jeune marin pêcheur, Jacques Joseph Marie Guillou, originaire de Quemper-Guezennec dans les Côtes d'Armor, qui perdra la vie à moins de vingt ans. Ce sont Adèle Marguerite Ernestine et Eugène Joseph Marie, nés à Saint-Pierre respectivement le 11 juin 1887 et le 30 novembre 1889. Adèle Marguerite fréquentera l'avocat martiniquais Joseph Lagrosillière durant le séjour de ce dernier à Saint-Pierre de 1902 à 1904. Suite à l'éruption de la montagne Pelée le 8 mai 1902 où il perdit une partie de sa famille, le jeune avocat décida de s'exiler dans l'archipel. De cette relation naquit un enfant. Adèle décèdera en Floride. [2]
Julia Aubert et Joseph Cossu, qui se sont mariés à Saint-Pierre le 21 novembre 1892, auront deux enfants. Le jeune couple habite rue Félix [3] avec les deux enfants du couple Aubert-Guillou, et le petit Joseph, né en 1892. Marie, née deux ans plus tard, ne connaîtra presque pas son père, qui décède le 8 août 1897 à son domicile rue Hautefeuille [4] ,victime, d'après les témoignages, d'un taureau destiné à la boucherie familiale qui l'aurait traîné depuis le quai jusqu'à la caserne.
Le 1er février 1900, Julia Aubert se remarie avec José Grégoire Larranaga, né à San Sébastien en Espagne le 18 novembre 1872. Il est alors garçon de ferme à Langlade. Il a fui sa province natale de Guipuscoa quand se déclenche la guerre d'indépendance cubaine (1895-1898).
La ferme Larranaga
Le couple a eu une fille, Maria, née à Miquelon le 25 septembre 1899. La famille, qui compte désormais 6 enfants, s'est installée à la ferme Larranaga [5] située en plein coeur de l'isthme, non loin des habitations Dagort actuelles, à huit kilomètres de toute habitation. La mère de Julia, Rosalie Magdeleine Coufleau, a racheté, en 1891, les fermes Sauveur (62,48 ha) et Lamunth (123,2 ha). De fait, en cette fin du XIXe siècle, les exploitations agricoles sont nombreuses, leur superficie est assez conséquente et elles assurent en grande partie l'approvisionnement de Saint-Pierre. [6]
La vie reste rude toutefois; le climat, la distance et les travaux de la ferme faisaient que les enfants allaient peu à l'école.
Jean Claireaux, La ferme Larranaga vue dans son ensemble dans les années 20 [7]
Les tempéraments s'endurcissent aussi. La preuve en est apportée le 11 décembre 1919, alors qu'une tempête du secteur Nord sévit. Elle va entraîner la perte de l'Exilda sur la côte de l'Ile-aux-Chiens, ainsi que le naufrage de la goélette terre-neuvienne Le Falcon sur la côte Ouest de Langlade.
Grégoire Larranaga, sa fille Josepha et sa demi-soeur Marie partent aussitôt avec leurs deux chevaux au secours de l'équipage. Grégoire n'hésite pas à plonger, malgré la température de – 8 Celsius et la présence dans l'eau de multiples débris de la goélette. Il sauve ainsi deux membres d'équipage. Lors d'une nouvelle tentative pour sauver le maître d'équipage, tous deux furent projetés à la mer. Les deux soeurs n'hésitèrent pas alors à se jeter dans l'eau glacée pour les mettre en sûreté. A peine remis, Grégoire plongea de nouveau à l'eau pour ramener le capitaine.
Dès le lendemain, Josepha – mais cela aurait très bien pu être Marie, qui avait une solide réputation de cavalière [8] entreprit de se rendre à cheval à Miquelon, distante d'une vingtaine de kilomètres, pour prévenir les autorités. Sa mission accomplie, et après une nuit à Miquelon, elle effectua le voyage de retour. [9]
Ce n'était pas la première fois que les Lannaraga venaient, parfois au péril de leur propre vie, au secours des naufragés, et l'hospitalité de leur ferme avait traversé les frontières.
Pour cet exploit, le Conseil Supérieur des Colonies décida d'attribuer à la famille Lannaraga, en 1921, le prix Henri Durand. Mais comme Grégoire Lannaraga et sa fille Josepha étaient citoyens espagnols, c'est à Marie qu'elle fut décernée. Elle recevra par la suite la Médaille du sauvetage.
La médaille commémorative Henri Durand
Mais c'est aussi dans un naufrage que Marie Cossu va perdre sa mère le 6 mars 1921. Elle se rendait en doris à Saint-Pierre au mariage de son fils Eugène Guillou en compagnie de Joseph Luberry, le mari de sa fille Marie Rose. Ces deux derniers n'étaient mariés que depuis un an et demi. Marie Rose était enceinte et donnera naissance à une fille, Raimone, qui décédera malheureusement à l'âge de 18 ans d'un empoisonnement au cuivre.
Le beau-père de Marie se remariera le 15 janvier 1925 à Saint-Pierre avec Marie Oyarbide. Sa fille Maria Josepha, qui épouse en 1922 Firmin Auguste Delamaire, reprendra l'exploitation que son père avait acquise en 1903 de Jérémie Cecconi.
Marie Cossu va s'établir à Saint-Pierre, où elle sera de longues années soignante au sanatorium.
N° 4: Marie Cossu-Cormier
Photo D. Déminiac
En 1920, le 12 février, elle épousa en premières noces Joseph Pierre Marie-Adèle Luberry, un marin, décédé tragiquement le 6 mars 1921 comme on l'a relaté plus haut. Puis, le 24 novembre 1923, Georges Alfred Cormier, originaire de Miquelon, marin pêcheur lui aussi. Le couple aura trois enfants.
La famille Victor Cormier
Sur la droite, Marie Cossu Cormier tenant son fils Victor en costume de marin
[10]
En 1970, elle reçoit la Croix de chevalier dans l'ordre national du Mérite.
[11]
Marie Cossu-Cormier est décédée le 24 mars 1991 à l'âge de 96 ans. Elle laisse derrière elle une nombreuse descendance et une multitude de souvenirs attendris.
La Municipalité de Saint-Pierre honorera la mémoire d'une femme courageuse et dévouée au service des autres en donnant son nom à la rue prenant naissance route de la Pointe Blanche et aboutissant rue Pierre Hélène. [12] La cérémonie officielle s'est déroulée à la Mairie de Saint-Pierre le 10 février 2005. [13]
La rue Cossu Cormier
( Photo de l’auteur, 8 mai 2020 )
Marie Cormier, connue de tous comme Marie Cossu, n'est, après Soeur Césarine, que la deuxième femme à avoir donné, du moins à ce jour [14], son nom à une rue de Saint-Pierre.
Michel Le Carduner
Décembre 2020
Notes
Crédit photo: Anne-Marie Artois. Aimablement communiquée par Patrick Dérible.
Nathalie Victorri, De la mémoire, de l'installation et de l'histoire des fermes de Miquelon-Langlade, Saint-Pierre, Imprimerie administrative, 2019, page 63.
actuelle rue Soeur Césarine.
Actuelle rue François Planté. Le lieutenant de vaisseau Léon-François-Auguste Hautefeuille a longtemps commandé une goélette de la station locale.
Recensements Miquelon-Langlade 1902 et 1907.
Rodrigue Girardin, Bernard Quelennec, Miquelon Langlade en passant par la dune, 1997
Jean Claireaux, Archipel de Saint-Pierre et Miquelon, Mémoire illustrée d'un patrimoine bâti, http://www.jclaireaux-stpierremiquelon.com/fermes-et-maisons-de-ferme/
Jean-Louis Poirier, Facebook
Jean-Pierre Andrieux, Shipwrecks at St Pierre, Lincoln, Ontario, W.F. Rannie, 1982, pp. 55-58.
Publication Marie José Mahé, Facebook, Retrouver Tous Documents sur Saint-Pierre et Miquelon, 6 mai 2020. Version retouchée fournie par Patrick Dérible.
Crédit photo: Monique Walsh.
Arrêté No 130 du 17 mai 2004.
Echo des caps, Semaine du 18 au 24 février 2005, pp. 4-5
Le conseil municipal dirigé par Mme Karine Claireaux a voté le principe d’une rue Andrée Lebailly.

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